mercredi 12 juin 2019

[Libérés] - Bathory et ses deux pigeonneaux

Avant-hier j'ai reçu l'appel d'une connaissance à la recherche de quelqu'un pour aller chercher deux pigeonneaux sur un chantier. Tout le centre ville est en réfection, tous les immeubles subissent plus ou moins de travaux et celui-là allait avoir la façade refaite. L'édifice est pourvu de nombreux trous qui servent de nichoirs à divers oiseaux tels que les moineaux et les martinets. Un de ces trous était plus grand que les autres à cause de la vétusté des lieux et un couple de pigeons y avait élu domicile avec sa paire de petits. La zone se trouvant littéralement à une rue de mon domicile, j'ai donc dit que je pouvais m'en occuper. J'appelle le maître d’œuvre qui était en contact avec ma connaissance afin de convenir d'un rendez-vous qui sera fixé le lendemain à onze heures.

Je me présente donc aujourd'hui devant l'immeuble, harangue un ouvrier en train de décroûter la façade. Il était au courant que je devais passer, m'ouvre la porte et me dit de monter au quatrième étage. Arrivé sur place, un autre ouvrier m'accueille, je lui tends la cage de transport pensant qu'il allait y mettre les oisillons mais me dit poliment qu'il ne préfère ne pas les toucher, ce que je conçois sans problème. Il m'invite donc à enjamber la fenêtre, monter sur l’échafaudage et à prendre les petits moi-même. Arrivé devant le nid creusé dans le mur, surprise ! Non seulement il y a la paire de pigeonneaux mais un des parents est avec ! Les ouvriers avaient eu la bonté de laisser une zone sans filet afin de laisser passer les parents. Je m'empresse d'attraper l'adulte avant qu'il ne s'enfuit, l'enfourne dans la cage puis prends les poussins délicatement pour les y mettre aussi. Le monsieur est surpris qu'il y en ait trois, me dit qu'il a bien vérifié tous les autres nids qui sont vides. Je le remercie chaleureusement et repars avec les trois pigeons. 

J'ai était très content d'attraper l'adulte avec car je n'aurai pas à nourrir et élever les petits moi-même, il n'y aura pas de risque d'imprégnation de l'homme mais surtout, je pourrai les libérer tous les trois en même temps lorsque les poussins voleront et le parent pourra éduquer ses petits. Pour le moment, je les garde en cage. L'adulte, que je pense être la femelle à cause de sa petite carrure, s'est jetée sur la nourriture. Quant aux petits, ils sont allés se réfugier dans un coin. Lorsqu'ils seront un peu plus grands et commenceront à trotter, je les mettrai tous dans la salle de bains afin qu'ils s'exercent au vol.


Samedi 15 juin : Bathory et ses petits salissaient la cage à une vitesse effarante, surtout les petits qui adorent se baigner. Pour éviter d'avoir à changer la cage quatre fois par jour, j'ai préféré faire un petit parc avec des bacs en plastique. La zone est plus grande, les pigeonneaux peuvent trotter et se soulager sur un plus grand espace. J'ai aussi libéré la femelle dans le studio. Elle a commencé par appeler ses poussins, ils lui répondaient mais elle n'arrivait pas à les localiser. Au bout d'un moment elle les a repérés, à continuer de leur "parler" et est allée les rejoindre pour les nourrir. Le reste du temps, elle reste sur le canapé à les surveiller. Il n'y a aucun problème entre elle, Amandine et Maurine.


Lundi 17 juin : De retour au travail, mon premier réflexe a été de vérifier si tout le monde allait bien et là, le drame, plus de pigeonneaux dans le parc. Je les ai cherchés et retrouvés rapidement cachés sous le canapé. Le studio où je suis actuellement subit de menus travaux, deux pans de mur ont été grattés car la croûte superficielle tombait en morceaux. Ils vont ensuite être enduits d'isolant et repeints. J'ai donc dû enlever le parc et ai laissé les petits en liberté. Ils restent dans leur coin à se cacher entre les pieds de la chaise et personne ne vient les embêter. Demain je ferai un autre petit parc, ailleurs, pour éviter d'avoir des fientes de partout.


Mercredi 19 juin : Bathory est en fait un mâle. Il harcèle la pauvre Maurine en lui faisant la cour, l'infortunée passe son temps à courir pour le fuir. Lorsqu'il n'est pas occupé à lui faire des avances, il passe son temps à s'occuper de ses petits et roucouler des heures pour attirer une femelle. J'ai refait un petit enclos pour mettre les poussins et éviter d'avoir des fientes de partout. Je leur ai ajouté un abris pour qu'ils se sentent en sécurité (j'aurai dû le faire plus tôt). Ils grandissent vite, mangent beaucoup et commencent à battre des ailes. Les deux ont des plumes qui poussent sur les doigts des pattes et ramassent toutes les saletés dans lesquelles ils marchent !


Lundi 24 juin : Bathory et ses petits vont bien. Le mâle s'est mis en couple avec Maurine mais continue de s'occuper seul de ses poussins. Les pigeonneaux trottent de plus en plus pour explorer le studio mais restent cachés la plupart du temps sous le canapé. Le noir commence à s’entraîner à voler mais le marron ne semble pas encore intéressé.


Vendredi 28 juin : Maurine et Bathory font leur petite vie de couple en attendant que celle-ci rejoigne sa famille d'accueil qui possède un mâle veuf. Maurine souhaitait nicher sous le canapé, Bathory souhaitait nicher sur une étagère que Maurine ne pouvait pas atteindre, et c'est finalement sous l'armoire que le couple a élu domicile. J'ai ramassé et stérilisé quelques brindilles que j'ai cachées à droite, à gauche. Bathory a passé un bon moment à les chercher et les ramener une par une à sa nouvelle compagne. Quant aux pigeonneaux, ils vont très bien et poussent à toute allure. Le noir commence à décoller du sol en essayant de voler, le marron est toujours à la traîne et n'essaye même pas.


Samedi 29 juin : Les pigeonneaux volent tous les deux, je les ai vu s’entraîner à voler d'un meuble à l'autre. Je pense les ramener à la maison la semaine prochaine et commencer à les habituer à l’extérieur en les laissant en cage pour qu'ils repèrent les environs, puis je les libérerai avec leur père.


Mercredi 3 juillet : Tout le monde va bien. Peu après le départ de Maurine, Bathory a passé quelques heures à roucouler atrocement fort, sans doute pour l'appeler. Puis il a voulu faire la cour à Amandine. Regan, son mâle, n'a pas du tout apprécié et l'a chassé promptement. Il a ensuite essayé de faire la cour à un de ses pigeonneaux, le noir, mais celui-ci lui a mis un coup de bec sur la tête avant de partir en courant. Il a finalement laissé tomber les roucoulements et reste tranquille. Bathory continue de nourrir de temps en temps ses petits, mais les pousse de plus en plus à se nourrir seuls. D'abord en les ignorant lorsqu'ils réclament à manger et ensuite en les "appelant" lorsqu'il va manger lui-même. Les petits le regardent alors picorer et font maladroitement pareille. Le noir semble adorer le récipient pour graines, je le surprends souvent en train de dormir dedans la journée.

En y repensant, j'avais oublié que c'était la saison de reproduction pour les goélands, tous les toits sont occupés par un ou plusieurs petits. Il ne serait donc pas sage de laisser les pigeonneaux sur mon balcon avec une telle flopée de prédateurs aux alentours. J'ai donc contacté l'association Les ailes cassées & Co pour savoir s'ils pourraient prendre le trio le temps que les petits finissent leur apprentissage et soient libérés sur une zone plus sécurisée. La gérante a gentiment accepté, j'attends donc les instructions pour lui apporter les oiseaux.


Jeudi 4 juillet : J'étais censé recevoir un message hier de la gérante de l'association Les ailes cassées & Co pour confirmer ou non un rendez-vous aujourd’hui mais je n'ai rien reçu, la pauvre a été très occupée par le sauvetage d'une trentaine de tourterelles. Je pensais donc rentrer chez moi ce matin sans prendre les oiseaux. Heureusement, j'étais trop fatigué et suis resté sur mon lieu de travail. C'est alors que j'ai reçu un message de la gérante pour savoir s'il était possible de fixer un rendez-vous l'après-midi même afin de récupérer Bathory et ses petits. J'ai accepté mais il a fallu attraper les trois pigeons. N'ayant pas eu de nouvelles la veille, je ne les avais pas capturés de nuit comme je le fais d'habitude, plus facile et moins stressant pour les animaux. J'ai donc passé un quart d'heure à leur courir après, puis je les ai mis en cage jusqu'à l'heure prévue. J'en ai profité pour prendre leurs pattes en photo, j'ai rarement vu des doigts avec autant de plumes.


Nous nous sommes retrouvés à l'heure convenue, la dame venait juste de récupérer une très jeune tourterelle avec une grave blessure à la tête (crâne apparent?) probablement le fait d'un goéland. Nous n'avons pas pu discuter longtemps car l'oiseau avait d'urgence besoin de soins. J'ai donc laissé Bathory et ses petits entre de bonnes mains. Je ne sais pas si la dame va les garder longtemps car les petits volent très bien mais suivent encore leur père pour apprendre à se nourrir. Quoiqu'il en soit elle est compétente et saura procéder au mieux pour le trio.


Vendredi 5 juillet : Bathory et ses petits sont arrivés à bon port. Ils ont été mis en volière avec d'autres pigeons. La propriétaire m'a dit que Bathory est un sacré dragueur qui ne perd pas de temps mais reste très proche de ses pigeonneaux, chose que je peux confirmer. Un grand merci à l’association pour cette prise en charge et à la libération qui pourra se faire dans de meilleures conditions que sur mon balcon.

Lundi 22 juillet : Bathory et ses deux pigeonneaux, qui avaient été pris en charge par l'association Les ailes cassées & Co en vue de leur libération, ont été libérés. Vous pouvez les voir méconnaissables sur la vidéo filmée par la dame ICI. Le père a été renommé Oan, et les petits baptisés Oana (marron) et Océa (noire). Un grand merci à l'association pour son aide !


Lundi 4 novembre : J'ai reçu des nouvelles de l'une des petites de Bathory. Il s'agit du pigeonneau marron à queue blanche, devenu un bel adulte. La demoiselle se fait faire la cour par Noé, magnifique pigeon roux et blanc. Vous pouvez voir quelques postes de ce monsieur ici, ici et . Crédits photos : Les Ailes Cassées & Co.